RELIANCE COACHING Conscience et éveil de soi

Conscience & Connaissance de soi | Développement personnel | Evolution personnelle | Réalisation de soi | Potentialiser les situations de vie

Culpabilité : une palette de sentiments et de réactions

Il n’est pas de culpabilité meilleure – ou moins toxique – qu’une autre : à chacun son passé et sa culpabilité.

Pléthore d’articles et d’ouvrages sont exclusivement dédiés à la culpabilité et à ses ressorts, aussi, je ne m’attarderai pas, dans cet article, à en détailler le phénomène ni les composantes. Je vais plutôt en axer l’orientation sur les réactions que l’effet de la culpabilité peut déclencher chez un individu, suivies d’un test et des fausses-bonnes réponses apportées, dans la plupart des cas, face au sentiment de culpabilité qui nous a tous, à un moment donné de notre vie, étreint.

La culpabilité en tant qu’émotion envoie un message qui nous parle d’un non-respect d’une règle, d’une norme, d’une loi, d’une limite, d’un code, bref, d’un “quelque chose” qui a été enfreint et qui peut apporter des conséquences fâcheuses ou tout simplement déséquilibrer un ensemble, une structure, une organisation, une relation. Elle nous renvoie directement à la responsabilité qui est la nôtre dans l’acte produit et le faux-pas commis ce qui permet d’enclencher un acte réparateur. C’est lorsque la culpabilité est prégnante dans le quotidien d’une personne que cette émotion, qui n’en est plus une mais qui est sentiment, peut devenir lourde à porter et amener cette même personne à des conduites dysfonctionnelles et à des stratégies de suradaptation. Dans pareil cas, le temps est venu, pour elle, de veiller sur elle plutôt que de continuer à vivre en étant entièrement orientée vers un extérieur face auquel elle se sent, d’une certaine manière, en dette.

Plutôt que de tenter d’apporter des éclaircissements sur cette notion de dette, je vais sans plus tarder entrer dans le sujet qui nous rassemble aujourd’hui.

Comment réagit le coupable sous l’effet de la culpabilité?

Plusieurs possibilités :

** Selon ce que l’on perçoit. Le monde est appréhendé dans une logique de bourreau/victime. Enfermé dans un processus où le mal le dispute au bien, le coupable voit l’autre, la vie mais aussi lui-même en noir ou en blanc, sans aucune nuance. Comme au tribunal, il y a un méchant et un gentil. Le monde du coupable est réduit à une dualité. La lutte commence entre ce qui est bien et ce qui ne l’est pas.

** Selon ce que l’on ressent. Celui qui s’estime coupable peut avoir peur (d’être jugé, de ne plus être aimé, d’être rejeté et abandonné …), il peut éprouver de la colère (contre lui-même et contre l’autre), ou encore sombrer dans la tristesse tant il a de la peine à vivre une situation complexe. Si le point commun demeure la douleur, d’une sensation de malaise jusqu’à la souffrance, celle-ci sera teintée de nuances de ressentis.

** Selon ce que l’on pense. Les raisonnements assassins infusent le poison : “Je devrais …”, “Il faudrait …”, “J’aurais dû …”, “Si j’étais ceci ou cela …”, “Si l’autre était moins comme ci ou plus comme ça …”. Plus le coupable projette au conditionnel sa culpabilité, plus il l’entretient. Sa tendance à refaire l’histoire n’a d’équivalent que sa propension à vouloir échapper à la difficulté.

** Selon ce que l’on fait. Là encore, le sujet a mille façons de réagir à une situation culpabilisante, en fonction de son schéma comportemental habituel. Ce schéma s’est déterminé au fil de ses expériences précédentes, celles qui lui ont assuré un relatif équilibre de vie dans la situation rencontrée. Il peut éluder le problème : “Ce n’est pas grave!”, se défausser : “C’est à cause de …”, porter une accusation : “C’est ma faute/ta faute”, chercher à se justifier pour se défendre, payer sa faute en termes de douleur ou encore, procéder à ce qu’il estime une réparation.

** Selon ce que l’on dit. Celui qui culpabilise peut, bien sûr, demander pardon ; il peut aussi dénoncer la responsabilité de l’autre, cherchant ainsi à se dédouaner; il peut enfin se taire, se murer dans le silence en attendant que l’orage passe.

Un coupable idéal?

Chacun vit la culpabilité en fonction de son histoire et de son parcours, de ses failles comme de ses talents, de ses croyances et références ancrées au fil du temps. Chacun est pourvu de ses propres armes de défense, de l’attaque au dos rond en passant par la fuite, contre ce qui est ressenti comme pénible. Il y a, par ailleurs, différentes origines à la sensation d’être en faute. Certains se sentiront condamnables face à la loi ou à celui qui représente l’autorité. D’autres souffriront d’être confrontés à la détresse d’autrui. Et cela dépend en grande partie des messages éducatifs reçus dans l’enfance : des parents ont pu se barder de règles – “Obéis, c’est un ordre!” ; d’autres ont imposé de “faire plaisir” ou défendu de “faire mal à son prochain”. Il n’est pas de culpabilité meilleure – ou moins toxique – qu’une autre : à chacun son passé et sa culpabilité.

Evaluez votre culpabilité

S’il n’y a ni bonne ni mauvaise culpabilité, il reste que la culpabilité peut être constructive ou accablante. Lorsque l’émotion nous oppresse, lorsqu’elle envahit et empoisonne la vie, nous enferme et nous paralyse, lorsqu’elle dévie et abîme nos relations avec les autres, la culpabilité est bel et bien toxique au sens originel du terme : nocive pour l’organisme.

Le test

Ce test vous permettra de faire le point sur la façon dont résonne votre culpabilité au quotidien. Pour chaque situation potentiellement culpabilisante, choisissez la proposition qui vous semble la plus proche de la réaction que vous auriez eue en de pareilles circonstances. Puis, reportez-vous au tableau pour compter vos points.

1- La baby-sitter est arrivée, vous vous apprêtez à sortir mais votre enfant fond en larmes.

A- Vous êtes effondré et annulez votre soirée.

B- Vous vous sentez mal et lui promettez un tour de manège (des crêpes, un nouveau livre, etc) le lendemain.

C- Vous différez les festivités et attendez qu’il se soit endormi pour sortir.

2- Vous êtes plus cultivé et plus riche que vos parents.

A- Cela vous dérange et, devant eux, vous minimisez votre réussite.

B- Au fond, vous avez honte de votre succès.

C- Gêné, vous vous persuadez que leur simplicité est un moteur de réussite et votre richesse l’occasion de les rendre heureux.

3- Un vieux monsieur sans abri vous demande une pièce, vous faites comme si vous n’aviez rien entendu.

A- Vous pensez : “J’aurais au moins pu lui sourire …”.

B- Vous pensez : “Pas terrible de ma part mais on ne peut pas donner à tout le monde …”.

C- Vous pensez : “Je suis vraiment nul, en-dessous de tout!”.

4- Votre équipe n’a pas rempli les objectifs du trimestre.

A- Vous prenez sur vous l’intégralité du naufrage : vous êtes le manager, c’est donc votre faute.

B- Déçu, vous essayez de comprendre les raisons de cet échec commun.

C- Vous êtes un mauvais chef d’équipe et allez bientôt vous faire licencier, c’est certain.

5- Votre ado rate son bac.

A- Avec vous pour modèle, il est normal que votre enfant rate tout ce qu’il entreprend.

B- Vous auriez dû le faire travailler, le motiver, l’obliger à réviser, l’empêcher de sortir, etc.

C- Vous nous demandez ce que vous n’avez pas fait, mal fait …

6- En proie à la colère, vos mots ont dépassé votre pensée et vous avez blessé l’un de vos proches.

A- Confus, vous cherchez la façon dont vous allez pouvoir réparer les dégâts.

B- Affligé, vous êtes sûr que tout est fini entre vous.

C- Soucieux, vous vous en voulez mais espérez que l’autre, lui, ne vous en veut pas (trop).

7- Vous commettez un impair en félicitant votre cousine d’être enceinte alors qu’elle a seulement pris du poids.

A- Vous bafouillez des mots d’excuse maladroits.

B- Vous vous aventurez dans des justifications hasardeuses et mensongères.

C- Vous avez lancé un “Pardon” furtif mais la gaffe vous obsède et vous n’osez même plus lui adresser la parole.

8- Alors que vous êtes en couple, vous tombez amoureux de quelqu’un d’autre.

A- Vous redoublez d’attentions auprès de votre conjoint, comme un enfant qui cherche à se faire pardonner de ses parents.

B- A votre âge, vous ne pensiez pas être aussi ridicule, idiot, naïf …

C- Vous cherchez des témoignages, des explications, vous vous confiez à un proche pour banaliser l’écart et, ainsi, noyer la culpabilité.

9- Lors d’une soirée, on parle musique classique et vous ne connaissez rien à Haendel.

A- Vous maudissez vos parents.

B- Vous écoutez les autres.

C- Vous essayez de donner le change ou détournez la conversation.

10- Dimanche matin : vous êtes en jogging, mal réveillé, le cheveu hirsute et vous croisez la personne que votre coeur convoite depuis six mois.

A- Vous faites semblant de ne pas voir l’être cher.

B- Vous valorisez votre goût pour le sport : “J’allais courir”.

C- Vous présentez des excuses : “Je suis vraiment horrible à voir”.

11- Vous organisez une soirée qui tourne au fiasco : certains convives, vos collègues en l’occurrence, plombent l’ambiance …

A- Vous vous excusez à leur place pour leur attitude.

B- C’est bien la dernière fois que vous organisez une fête.

C- Vous auriez dû le savoir : au bureau, vos collègues sont déjà insupportables.

12- Vous apprenez par votre frère l’hospitalisation de votre vieille tante, le divorce d’un ami ou la banqueroute de votre cousin …

A- Vous connaissiez le problème et auriez dû l’appeler pour prendre de ses nouvelles.

B- Vous devriez vous réjouir plus souvent d’être en forme et épargné par les soucis.

C- Quelle horreur! Qu’est-ce que vous allez bien pouvoir lui dire pour soulager sa peine?

13- En retard, vous grillez un feu rouge et la police vous arrête.

A- Vous pestez contre le sort qui s’acharne : “C’est encore à moi que ça arrive, évidemment”.

B- Vous pestez contre les policiers : “Ils n’ont rien d’autre à faire, franchement ?

C- Vous pestez contre vous-même : “Ça m’apprendra, décidément”.

14- Vous avez pris un abonnement au club de gym et y êtes allé trois fois en l’espace de neuf mois.

A- C’est toujours la même chose, vous vous laissez disperser et ne tenez jamais vos bonnes résolutions.

B- C’est vraiment nul, vous perdez de l’argent mais pas un gramme.

C- C’est dommage, vous allez faire un effort très bientôt, c’est sûr, vous allez y arriver …

15- Vos parents vous reprochent de ne pas venir les voir assez souvent.

A- Ils ont raison, comment pouvez-vous leur faire ça?

B- Mal à l’aise, vous ne passez jamais chez eux sans un petit cadeau ou un bon gâteau.

C- Vous vous justifiez : le travail, la maison, les enfants …

Les résultats

A l’aide du tableau ci-dessous, reportez vos réponses et comptabilisez le nombre de points qui y est associé.

Le verdict

Vous avez moins de 20 points.

Votre culpabilité est supportable. Souvent, vous savez tirer parti de votre sensation d’être en faute et réagissez en conséquence. Vous portez sur votre culpabilité un regard à la fois conscient et distancié. Cependant, vous n’êtes pas dupe de ce qui vous arrive. Il est aisé pour vous de parler de l’événement qui vous a touché, bouleversé, et même de commenter votre douleur, auprès des autres comme en votre for intérieur.

Vous êtes un coupable conscient, mais restez néanmoins coupable car le poids de la faute demeure. Et réagir à cette faute ne signifie pas agir librement, vous le comprendrez en poursuivant votre lecture. La réactivité est une réponse automatique qui témoigne d’une confusion entre vous et ce que vous pensez que l’autre attend de vous ou ce que vous-même attendez de vous. Sur le banc des accusés, vous avez des arguments pour vous défendre et prouvez votre bonne foi. Mais vous demeurez sensible à l’argumentation de la partie adverse. Si vous tombez sur une personne au comportement abusif, manipulateur, un pro du chantage affectif, il est très probable que votre assurance vacille. Et que votre culpabilité sous-jacente se réactive.

Vous obtenez entre 20 et 30 points.

Votre seuil de tolérance et votre capacité à supporter la faute sont plus faibles. Votre culpabilité vous pose régulièrement problème. Elle vous prive d’une partie de votre assurance et ternit certaines de vos relations. En réalité, comme le funambule sur sa corde, vous oscillez entre prendre sur vous la faute tout entière, ce qui vous accable, et la nier, ou la rejeter, ce qui ne vous satisfait pas davantage. Vous éprouvez de grandes difficultés à n’endosser que votre part de responsabilité, ce qui vous empêche de vous positionner avec calme et fermeté, de façon précise, face à l’autre. Quand vous y parvenez, c’est souvent dans l’excès et avec agressivité.

Peut-être avez-vous du mal à accepter vos limites, votre vulnérabilité pourtant si naturelle, si humaine? Bien souvent, c’est le fantasme de toute-puissance qui entretient le sentiment de culpabilité. Et l’on devient dépendant des réels bénéfices qu’un tel sentiment engendre. Car, paradoxalement, c’est en culpabilisant, nous le verrons, que nous récupérons de la confiance et une forme d’estime, que nous donnons du sens à l’événement déstabilisateur.

Vous avez le courage de voir que vous avez un problème avec cette sensation douloureuse d’être en faute, qui semble devenir une habitude. Mais vous ne savez pas trop quoi faire de votre culpabilité.

Vous remportez plus de 30 points.

La culpabilité gâche votre existence, et, certainement, celle de votre entourage que vous entraînez malgré vous dans une spirale infernale. Toute tentative pour vous déculpabiliser est vouée à l’échec, comme si vous teniez à rester coupable, malgré la douleur éprouvée et les conséquences que vous savez pénibles pour ceux que vous aimez.

Lorsque vous commettez un méfait, un impair, vous payez deux fois : vous êtes fautif d’avoir fait ce que vous avez fait et fautif d’être celui ou celle que vous êtes. Seulement, si vous pouvez réparer la première faute, vous ne pourrez jamais réparer la seconde : impossible de ne pas être soi.

Il y a très probablement chez vous un terrain particulièrement “favorable” à réagir aux événements, même anodins, avec culpabilité. Mais vous n’êtes pas seul responsable. Bien des facteurs ont contribué à développer chez vous ce ressenti de faute permanent : votre enfance, votre entourage affectif, votre environnement social … A quoi s’ajoutent vos propres expériences d’adulte qui semblent démontrer et confirmer combien vous êtes coupable.

Il est temps de réagir et de décoder ce qui se joue en vous. Distinguer les enjeux émotionnels à l’origine de votre culpabilité vous permettra de réapprendre à vivre dans la collectivité, chargé de votre seule part de responsabilité. Ce qui encouragera, au passage, votre entourage à prendre la sienne.

Les fausses bonnes pistes pour s’en sortir

D’après ce test, peut-être vous dites-vous qu’il est urgent de vous débarrasser de toute culpabilité. Et vous n’êtes pas le seul! Nous sommes nombreux à nous faire la morale, à nous presser de calmer ce sentiment oppressant. “Arrête de culpabiliser, bon sang!” s’entend-on reprocher et se reproche-t-on soi-même intérieurement. Pour sortir du problème, nous essayons alors plusieurs solutions.

Se culpabiliser de se sentir coupable

C’est l’histoire du serpent qui se mord la queue, de l’oeuf et de la poule, du puits sans fond ou du tonneau des Danaïdes, qui se vide au fur et à mesure qu’on le remplit. Non contents de culpabiliser, niant ou rejetant au passage qui nous sommes au profit de ce que nous devrions être. Nous nous défendons de ce que nous éprouvons et nous reprochons cette culpabilité si stérile, inutile, castratrice.

L’une des questions au test précédent a été inspirée par Pierre, cadre commercial. Il arrive à son entretien extrêmement contrarié :

“Je n’ai pas atteint les objectifs du trimestre!

– N’est-ce pas votre équipe qui n’a pas atteint les objectifs, Pierre?

– Oui mais c’est à cause de moi. Enfin bref!

– Enfin bref?

– Parce qu’on s’en fiche de qui, de quoi. Je culpabilise mais c’est nul, aussi nul que de ne pas avoir atteint les objectifs.

– Vous vous en voulez de ne pas avoir atteint les objectifs ou vous vous en voulez de vous en vouloir?

– Les deux. L’un après l’autre. Quand on ne fait pas le score et que je vois la tête du patron, je me trouve nul. Mais quand je me vois au bout du rouleau pour une histoire d’objectifs, je me trouve nul aussi. Au lieu de réagir comme ça, je devrais prendre du recul! Mais je n’y arrive pas et ça me rend encore plus coupable …”

Comme on nous la reproche cette culpabilité! Notre entourage, souvent usé par nos remords, s’acharne à nous innocenter ou nous houspille de cette auto-condamnation. Les experts en épanouissement personnel nous invitent, eux, plus cordialement, à cesser de nous mortifier. Bonne idée! Mais pas si évidente à mettre en oeuvre pour la personne qui souffre.

Aveuglé par cette souffrance, le coupable se débat surtout avec lui-même, en prenant l’autre en otage de sa douleur, autant dans la réalité que dans ses fantasmes. Il se dit qu’il faut – encore un impératif – en sortir. Mais il n’y arrive pas. Il est vraiment nul. Comme Pierre. Car pour pouvoir en sortir, encore faudrait-il se mettre au clair sur ce pourquoi on est entré dans cet état de culpabilité. Une fois repéréees les raisons éducatives et culturelles, comment se fait-il que Pierre persiste à s’accuser? Simplement, il se trompe de sujet : plutôt que de se positionner vis-à-vis de l’événement qui a déclenché sa culpabilité, il se positionne vis-à-vis de sa réaction face à cet événement. Il tente de sortir de sa culpabilité alors qu’il a les moyens de sortir de l’état de choc émotionnel qui l’a induite. Se sentir coupable de culpabiliser ne soulage d’aucune souffrance puisque l’origine de la souffrance – le choc face à une situation – n’est pas traitée.

Se déculpabiliser de force

Nous pouvons aussi tenter une autre stratégie pour nous soulager et nous débarrasser de ce sentiment oppressant : minimiser ou banaliser la supposée faute. Quoi de plus “normal”, en effet, que de ne pas atteindre des objectifs de toute évidence abusivement amplifiés par un supérieur? Un autre que Pierre réagirait en évacuant le problème lui-même : “Pas de quoi faire un drame de ces chiffres, on ne peut pas toujours réussir, on fera mieux plus tard. Quant à la déception de mon patron, c’est son problème. De toute façon, j’ai fait ce que j’ai pu, alors je ne vais pas me gâcher la vie”. Nous nous ordonnons de déculpabiliser. La supposée faute, ce pourquoi nous culpabilisons, devient normale, humaine, banale, compréhensible. Et la tristesse, la colère ou la leur liées à la culpabilité sont, du même coup, jetées aux oubliettes. Nier sa faute, nier toute responsabilité dans la situation revient à nier notre humanité empreinte de sensibilité et de désir. S’il n’y a plus de logique à éprouver une sensation de faute, il ne reste plus qu’à nier notre nature émotive. Réelle. En surface, notre raisonnement, notre éducation nous amènent à penser que tout cela est du vent. Et doit être oublié, dépassé. Mais à l’intérieur, ça bout.

S’agissant de culpabilité, la méthode Coué est un cautère sur une jambe de bois. On ne peut anéantir une émotion. On peut bien sûr en réduire l’intensité, tenter de l’étouffer, la nier, la refouler, mais rien ne sert de vouloir faire taire un sentiment qui s’exprime, malgré des arguments rationnels et une démonstration cartésienne. Quand bien même nos justifications ne seraient que personnelles et intimes, quand bien même elles ne s’inscriraient pas dans la réalité, nous avons de bonnes raisons de culpabiliser. Bonnes car pleines de sens pour nous.

Culpabiliser l’autre

C’est l’ultime option du coupable qui se voudrait bien, de temps à autre, irresponsable. Pour ne plus être coupable, c’est assez simple, il suffit que l’autre le soit. Puisque, selon nous, il y a faute, cherchons son responsable. Dans une démarche arbitraire, nous pensons : “Ça ne peut pas être moi. Donc, c’est lui!”. Nous projetons ainsi notre propre culpabilité sur celui qui a le malheur de se trouver devant nous : autrui en personne, les autres en général et même une autre part de nous-mêmes. Mais le système ne peut pas fonctionner.

D’abord parce que, bien souvent, cet autre que soi ne considère pas l’événement comme une faute et ne cherche donc à culpabiliser personne. Ou bien, il admet l’existence de la faute mais ne se considère pas du tout à l’origine de celle-ci. Quelle que soit sa position, il n’est pas prêt à nous rassurer en se disant coupable pour nous innocenter. Et notre problème reste entier puisque nous n’avons toujours trouvé personne pour endosser la faute.

Mais le pire est à venir. Même quand cet autre, dans un élan de mansuétude, accepte de prendre sa part de responsabilité dans l’événement qui nous a bouleversés, nous nous apercevons que cela ne nous soulage en rien de la gêne ressentie. Peut-être un peu sur le moment mais certainement pas à long terme.

Une autre question du test précédent a été inspirée par l’histoire de Manuella, 40 ans : “Mes parents, d’origine très modeste, m’ont appris la valeur du travail et de l’argent. Mais je n’y peux rien, j’ai eu la chance de tomber amoureuse d’un homme qui gagne bien sa vie. Après la naissance de notre troisième enfant, j’ai arrêté de travailler. Il était d’accord et mes parents trouvaient cela formidable. Seulement, je ne peux pas m’empêcher de culpabiliser. Vis-à-vis de Rodolphe qui s’épuise au bureau et vis-à-vis de mes parents. Ma mère n’a pas eu le choix, elle, de continuer ses ménages avec mes frères et moi sur les bras. Je sais pourtant que mon mari adore son boulot. Je sais aussi que mes parents voient tout cela comme une vraie chance. Parfois, maman me dit : “Nous t’avons élevée avec trop de rigueur et tu ne profites pas de la belle vie que tu as”. Je ne sais pas si c’est mon education … Peut-être qu’à force d’entendre qu’une femme doit travailler et gérer sa maison sans dépenser un sou … Et vu que je ne fais ni l’un ni l’autre … Mais c’est à qui de culpabiliser? A moi? Ou à mes parents qui ont été très autoritaires?”.

Nous le voyons, les tentatives de réassurance de notre entourage restent très souvent sans effet. Dérisoires et insignifiantes, elles ne nous apaisent pas à long terme, ne nous déculpabilisent pas définitivement. En notre for intérieur, nous demeurons coupables et mal à l’aise.

Allons-nous nous avouer vaincus? Oh que non! Dans une logique presque absurde, nous cherchons encore et encore des preuves de culpabilité d’autrui, davantage de fautes, pour avoir enfin une bonne raison de nous dire innocents. Une histoire sans fin qui ne nous délivre pas pour autant.

Tous coupables!

Faire la paix avec sa culpabilité, voilà qui serait sans doute plus sage que vouloir s’échapper, lutter ou subir son sentiment de faute. En se disant d’abord qu’elle nous concerne tous. En thérapie, il est fréquent d’entendre que certains seraient plus enclins que d’autres à culpabiliser. Projection, fantasme ou injustice notoire?

Gaëlle, 40 ans, est persuadée que la culpabilité touche les femmes bien plus que les hommes : “Je me demande si ce n’est pas un peu génétique, cette histoire! Ou hormonal, peut-être? Moi, je me sens responsable de tout, à la maison bien sûr, mais plus largement au sein de ma famille. Et je remarque que ni mon mari, ni mon père, ni mes frères n’ont ce type de fonctionnement. Au contraire, ce n’est jamais leur faute! Ils ont toujours de bonnes excuses … Mais ma soeur et moi, c’est simple, on est coupables. Du poulet trop cuit, des problèmes des enfants, de ne pas gagner assez, de ne pas pouvoir être à la charrue et au moulin au même moment, presque du temps qu’il fait. C’est devenu un réflexe! Et quand j’y pense, ma mère était comme ça, toujours à se mettre la rate au court-bouillon, à s’accuser de tout ce qui pouvait bien nous arriver de soi-disant mauvais …”.

Au-delà de l’hypothétique différence homme/femme, existe-t-il une nature, une forme de personnalité plus à même de culpabiliser? Pas vraiment. La culpabilité est une des lois de l’humanité. Nous sommes tous concernés par cette émotion liée à notre psychisme. Mais nous ne sommes pas tous égaux dans la façon de nous sentir coupables.

Tout acte est potentiellement culpabilisant. Tout événement peut être vécu sur le mode de la culpabilité. Nous sommes tous capables d’être coupables, tous en mesure de culpabiliser puisqu’il s’agit d’un mécanisme de défense, une réaction, une posture qui se traduit par des pensées, des paroles et des comportements. La culpabilité n’est donc pas le problème. C’est la façon dont nous la vivons qui en pose un. Pour l’heure, n’oublions pas que se sentir coupable est normal, utile, bon pour soi comme pour l’autre, les autres, la société. Il ne s’agit pas de se demander pourquoi certains culpabilisent et d’autres moins, il s’agit de l’admettre pour avancer.

Envie d’approfondir le sujet et de savoir quel est le terreau de la culpabilité? Je vous renvoie au livre de Catherine Aimelet-Périssol et de Aurore Aimelet, Apprivoiser sa culpabilité, Editions Albin Michel, 2013, dont ce contenu est extrait (pp. 35-50). Ce livre est, en général, disponible dans les bibliothèques de quartier.

Aller plus loin :


🔵 Depuis toujours, vous ressentez un sentiment de culpabilité diffus pour tout et n’importe quoi. Vous n’en comprenez pas les racines. Tout ce que vous voyez, c’est une tendance à vous responsabiliser pour chacune des situations que vous êtes amené à vivre. Au fil des ans, vous avez commencé à ressentir une forte fatigue nerveuse accompagnée d’une forme de lassitude. Vous souhaitez comprendre les fondations de cette culpabilité et êtes prêt(e) à y répondre sainement. OUI? Rencontrons-nous!

🔴 Une envie, un projet, un objectif en tête? Parlons-en!

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Copyright © 2015-2023 Tous droits réservés.

Avertissement plagiat et « délit de contrefaçon » : Tout plagiat volontaire ou involontaire caractérise le « délit de contrefaçon »  sur le plan juridique (art. L335-3 du Code de la propriété intellectuelle).

%d blogueurs aiment cette page :