La connaissance de soi au service de la réalisation de soi

Elle trône, la Reine …
Le tronc vissé sur deux barges, son chant s’affale sur un Regencia, harponne les tympans alentours qu’elle égorge de la stridulation répétée des trilles de son répertoire. La péniche s’agglomère aux travées fichant gondoles, barques et canots dans les recoins du canal.
Ses haut-parleurs éructent un timbre d’un sabre qui limoge tout sur son passage.
Elle occupe l’embardée, la Reine … Nul ne vient titiller ses cordes au risque de sécher net au contact de sa logorrhée.
Elle trône, la Fière, parmi les embarcations de passage. Elle biberonne goulûment son fuel quotidien. Lorsque les pavillons s’esquivent, un microphone de survie s’actionne automatiquement mimant sa verve qui retentit comme une houle dans tout l’estuaire.
Elle séquestre, la Solitaire … Toute respiration se trouvant dans son radar se retrouve agrafée au débit d’une litanie qui se déplie indéfiniment. Déluge assommant d’éructations diverses.
Il s’agite. Tourne la tête. Se lève. S’absorbe dans son portable jusqu’à en revêtir l’appareillage. Elle ne lâche pas la prise. Elle est à l’affût, la Terrible. Dévorer soustraire enserrer. C’est qu’elle est devenue une as en la matière. Le moindre frémissement s’imprime dans sa rétine. Rien ne lui échappe. Vortex. Il ne sait plus où poser son regard. Que faire de ses oreilles. La houle continue de plus belle. Marée ascendante. Vertige l’étreint au collet, soulève son enveloppe fantomatique, la cloue contre la colonne de soutènement. Ses griffes enserrent ses cordes, écrase le conduit du larynx. En étouffe le passage. En obstrue tout son. Il est à sa merci. Elle le sait. Elle connaît le signal. Redoubler la verve. Le cribler de la fétidité d’une nécrose habituée à l’anaérobie. L’asperger de son pus jusqu’à ce qu’il ne réponde plus. Immobilisation totale.
Il n’est plus. Le fauteuil sur lequel il est assis se libère. Une autre coque vient asseoir sa carcasse sur son siège. Et la litanie poursuit. Se poursuit. Enferre. Cloue. Comment se redresser sur ses deux pieds lui qui en a désormais quatre?
Le barista balaie l’espace du regard.
« Il n’y a personne aujourd’hui. », dit-il à son collègue sur un ton monocorde.
Seule l’enceinte se fait entendre. L’Ancolie, de son tantale, lessive le blanc. Eux, gorgées d’esquifs échoués sur la grève, rament sur la mer sans fin.
Pilonnés en place de Grève.
Extrait du recueil Moments de vie de Marina TABEL.
Approfondir et enrichir la thématique :
💡Lire l’article : Laisser toutes choses nous asseoir.
💡Lire l’article : Cette part d’inconsolable en nous.
💡Entrevoir le langage de l’incommunicabilité dans des fragments d’histoires : des instantanés de vie.
💡Laisser le langage analogique parler au tréfonds de votre être.
💡Questionner et participer à la réflexion : Il y a deux solitudes.
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