RELIANCE COACHING Conscience et éveil de soi

La connaissance de soi au service de la réalisation de soi

La riposte du silence

Reliance Coaching Conscience et éveil de soi

Un silence de plomb, dans une semi-obscurité, se fait entendre. Les pales du vent en égrène les chapelets. Des vapeurs aux sinuosités entêtantes meublent chaque recoin de la voûte des cieux. Au centre de cet aire gît la lune.

Une pluie d’astrées voile son oeil, tresse la dentelle d’une mantille qui, de son coeur, ouvre grand les battants d’un horizon qui happe son lobe, l’emplissant de l’opacité de son chant.

« Approche, Lune des semailles … Viens … ». 

Du judas de cette devanture, elle prend la mesure du pic qui aiguillonne l’ascension à venir. Des escarpements aux pointes d’acier aiguisent les quelques gorges laissées à nu. Des lames filaires relient les jetées essaimées ici et là. Leur front crache des embruns à l’haleine putride. Cette manne encense tout l’estuaire, détrônant les distillations ambrées d’un Zéphyr réduit à de fines gouttelettes qui roulent et s’échouent sur les aplats gorgés d’adiposités. 

Tout en gibbosités, le reflet d’Astrée ne sait comment composer avec ces courbes, les anfractuosités, la raideur des couloirs qui serpentent le long du dôme. 

« Répands le sel dont tu es porteuse. Déverse toutes les eaux dont tu as épongé et asséché les courants. Répands-le par poignées. »

Ce murmure lancinant, telle la houle, incruste sa roche dans un va-et-vient qui la revêt d’une langueur qui, au fil de la respiration qui est la sienne, étiole sa vitalité, racornit ses extrémités, mine son agir, étouffe son inspir. 

« Qui es-tu, la Voix », tonne le reflet d’Astrée. 

Le silence détonne.

Au pied de ce firmament, elle ferme les écoutilles, arpente les premières lieues qui la séparent des entrailles de la terre.

Au fil de sa marche, une nuée de bleus, de roses, de verts, de mauves giclent dans l’espace en faisceaux kaléidoscopiques.

– Où suis-je …?, Astrée se demande-t-elle, ébahie, confondue.

« Je suis sillage de l’écho … ».

– « Qui parle? Qui es-tu? », lance-t-elle, éperdue.

Des sons à la texture cristalline se font de plus en plus palpables. Astrée arpente ces formes, émerveillée par tant de beauté.

« Quelle pureté …! ».

Silence.

D’un seul coup, des centaines de feuillets en suspension dans l’air encerclent sa marche de part et d’autre. Le galbe d’une épaule … d’un mollet … Des épreuves en enfilades d’un noir jais de cendres qui virevoltent au son de son pas. Boyaux criblés de trouées. Des échancrures de dénivelés. La dentelure de ces stèles drapées d’oripeaux fige la fosse, déleste les embardées, surprend l’à-couvert piqueté de déflagrations. Décharges en rafales de tirs qui ombrent le feu d’une brûlure qui embrase chaque arc du paysage. L’ombre d’Astrée foule l’emmarchement de cet escalier de dalles roulées en colimaçon. Contours hachurés au fusain qui dégouttent le long de son échine. Hématome logé dans les abîmes de son bassin.

Les nécroses et les déjections d’ypérite déchirent les oscillations de son diaphragme, rembrunissent sa veine. La bise abat ses morsures sur son gisement. Elle passe ce tourniquet d’empreintes argentiques. Figures irradiées d’un parfum qui s’insinue jusque dans les chairs les plus insondables de ses os.

Une dégringolade de gorges défile et plonge verticalement au pied de l’écorce terrestre, éjectant le sépulcre d’Astrée dans les limbes. Il brille de mille feux dans l’étoile constellée de bleus. Retombée abrupte pour la Bossue. Elle se greffe dans l’humus des entrailles de la Terre et se fait glèbe.

Bip bip bip.

« Levez-vous! Il est 6h. Vous avez rendez-vous avec Édouard à 8h. J’ai préparé douche et petit-déjeuner. Ils n’attendent que vous ».

Esther se réveille. Sensation d’avoir parcouru l’Everest. Des courbatures partout dans le corps.

La voix d’ajouter : « Édouard a laissé un message vocal tard dans la soirée. Il vous demande de le rejoindre au port de St-Loup. Il dit avoir trouvé les clichés ».

Tout à l’excitation de cette découverte, Esther tente de s’éjecter du lit.

Ses jambes ne répondent pas. Elle sont comme deux fossiles déposés sur des feuillets de linceuls.

Un rideau de silences étire le vide.

« Je déverse en pluie fine sur le monde les souvenances et les mélodies du premier jour de la création jusqu’à la seconde où ces sons effleurent le grain de ta roche. »

Extinction des feux.

Extrait du recueil de poèmes Existence de Marina TABEL.


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