Conscience & Connaissance de soi | Développement personnel | Evolution personnelle | Réalisation de soi | Thérapie | Potentialiser les situations de vie

… je fonctionnerai …
… tu fonctionneras …
… nous fonctionnerons …
Que faire? Comment faire?
Voilà les deux prédicaments autour desquels la recherche actuelle de savoir tend à s’orienter et au champ desquels elle tend à puiser.
Le fonctionnement.
Comment ça fonctionne?
Comment ça marche?
C’est quoi la marche à suivre?
Bâtir des grilles de lecture ultra simplifiées. Commercialiser des méthodes, des guides d’orientation, sur tout et n’importe quoi ; des livrets recensant des solutions à appliquer telles quelles comme si la vie, de par sa nature, induisait ipso facto de s’armer d’un kit de solutionnement tout en main afin de pouvoir y répondre comme il se doit/comme il faut, en fonction de critères bien définis.
Cette approche signe la perception que l’individu qui entre dans cette logique a de la vie et qui se résume en un seul terme : PROBLÈME. Et qui dit problème dit recherche de solution. A foison.
Dis-moi – pas à pas – comment procéder.
Dote-moi d’un manuel m’indiquant clairement tout ce qui doit être fait dans l’ordre, séquentiellement.
S’enclenche donc une recherche autour d’un certain savoir.
Qu’est-ce que je fais précisément dans CETTE situation?
Comment je le fais?
Des manuels concrets et précis de gestion comme si la vie s’administrait, qu’elle se résumait à des règles communes applicables pour tous, unilatérales, qui répondraient à toutes situations de vie, quels qu’en soient la nature, la substance, l’origine, l’orientation, les attributs, la place qu’elles occupent au sein d’un système, le modèle sous lequel elles reposent, leur intrication, les liens qui en définissent et en déterminent la forme, la substance, la portée.
Cette recherche s’est, au fil des ans, mue en une quête effrénée autour d’un désir de connaissance, un besoin de maîtriser tout type de situations – entendez, la vie elle-même – de pouvoir en prédire, en anticiper chaque mouvement et ainsi, pouvoir être et rester opérationnel, quels que soient son âge, sa situation économique, sa condition physique, bref, sa situation dans sa globalité.
Pouvoir se prémunir face à des sociétés qui exigent de plus en plus de l’homme tout en écrasant l’humain. Pouvoir rester dans la course. Ne surtout pas se faire éjecter. Pouvoir répondre aux critères de volatilité, de jeunisme, de vitalité.
Actionner le levier Désirabilité et ainsi, continuer à plaire.
Plaire.
L’objectif? Faire reconnaître et être reconnu dans une aptitude, une capacité, une compétence, un savoir-faire, un savoir-être donné et en accumuler le plus possible dans les tiroirs de nos étagements sociaux. S’assurer de son employabilité et ce, à tous les niveaux et quelle que soit la sphère concernée. C’est à ce critère que nos sociétés répondent: le facteur de désirabilité qui conditionne celui de l’employabilité. Car ce dernier s’étend bien au-delà de la sphère purement professionnelle et touche toutes les sphères. Il s’agit, désormais, d’être et de se sentir “employable” – entendez “utilisable”. Je fonctionne. On peut – en toute confiance – recourir à mes services, entendez – “à mes fonctionnalités”. Et je vais vous en montrer l’étendue à travers mon rendement, mes aptitudes, mon potentiel, mes performances, mes accomplissements, mes réalisations, mes diplômes, certificats, attestations, bref, tout ce que je peux faire et fais. Il y en a des piles et des piles. Laquelle vous voulez voir en premier?
Chercher à s’emparer d’un savoir, d’une information ciblée est ainsi devenu le quotidien de bon nombre d’individus qui accumulent ainsi ce qu’ils dénomment sous le titre de Connaissances. Connaissances dont ils s’enorgueillissent et qui deviennent le porte-étendard de ce qu’ils pensent être et par les attributs desquels ils tendent à circonscrire leur identité.
Je sais donc je suis.
Je maîtrise/je possède la connaissance donc je suis.
Chercher à savoir. Savoir faire. Savoir répondre. Savoir agir adéquatement. Savoir comment se comporter. Savoir. Encore et encore. Et une nouvelle couche jusqu’à ne plus rechercher qu’une chose : s’informer sans en être jamais repu, satisfait. Consommer frénétiquement, avidement, voracement l’information. En engloutir des tonnes et des tonnes tel un boulimique jusqu’à arriver à saturation totale et se sentir, à l’issue, sceptique. En sais-je suffisamment, est-ce assez ou me faut-il repartir pour une deuxième fournée?
Maîtriser.
Etre et rester en contrôle des situations. Éviter de se faire surprendre, absorber, toucher, malmener, abuser.
Savoir comment riposter.
Savoir comment rester compétitif dans un marché saturé à outrance.
Se prouver qu’on peut encore servir, qu’on n’est pas dépassé par les situations, par notre propre condition d’être humain. Ses limites, il convient de les dépasser et de l’amener à faire des choses extra-ordinaires, incroyables, uniques.
Dans tout.
Arriver à être en contrôle de la situation ; sentir que JE suis aux commandes, que j’en maîtrise l’issue donc que je sais, quelque part, comment me maîtriser et maîtriser l’autre, mon corps, mon cerveau, mes organes, mes connaissances. Savoir que je peux répondre à tout type de situations me sécurise face à un monde profondément insécurisant. Aussi, je m’arme de toute une ribambelle de solutions, de recettes, de méthodes, de procédés que je pense applicables à tout un faisceau de contextes donnés. Je ne cherche pas vraiment à comprendre en profondeur et ainsi, à enclencher d’autres modalités d’être, à pouvoir rééduquer des parts de moi qui agissent de manière disparate. Je cherche des solutions.
LA solution.
Pour pouvoir répondre à un quelque chose immédiatement, d’un claquement de doigts. À l’instanté. Des solutions applicables de suite. Or, chercher à s’enquérir d’un savoir sans être prêt à pouvoir en absorber la substance peut porter davantage préjudice que permettre une action donnée, autrement dit, favoriser une ouverture, une percée ; faire surgir une possibilité. Car trop être conscient des choses peut générer une crainte de la vie elle-même. Aussi, une forme de non-savoir – qui n’est pas synonyme d’ignorance – peut être profitable. Car c’est elle qui amène un individu à exister tandis que l’hypertrophie du savoir l’amène à chercher à fonctionner.
Comment répond-il à cette injonction de la psyché collective? En cherchant à (s’) améliorer. À (se) dépasser. À viser plus haut. Encore plus haut. Toujours plus haut, plus loin jusqu’à inscrire sa vie, chacun de ses pas, de ses gestes, de ses envies, de ses choix dans un cycle d’améliorations continu et dans un cadre maîtrisé de bout en bout.
La voilà la reconnaissance de sa valeur : être fonctionnel à tout prix. A tous les niveaux. Ne pas lésiner sur les moyens pour y arriver.
Se doter de 20 applications sur le sujet si nécessaire et ainsi, pouvoir mesurer, évaluer sans cesse ses fonctionnalités. Pouvoir mesurer où il en est et ainsi, pouvoir mieux se mesurer aux autres et alimenter ainsi la machine de la comparaison.
Et renchérir pour rattraper, s’aligner sur le niveau de l’autre. Ne surtout pas figurer sur le banc des derniers. Qu’en penseraient les autres? Et moi, comment je me sentirais face à eux, à leurs constantes réussites qu’ils ne cessent de me jeter au visage … Un sentiment de honte commencerait peut-être, subrepticement, tout doucement, tout en dissimulation, à prendre corps et forme dans ma vie. Qui serais-je alors aux yeux de la société? Un échec? Un monceau de faiblesse? L’incarnation du manque de volonté? Une petite chose prénommée Fragilité? Une vieille alors que j’ai 18 ans …?
Sommes-nous des produits pour nous livrer à pareille modalité?
C’est une tendance plus que palpable dans nos sociétés actuelles. Le fonctionnement de l’être qui finit par se résumer et se restreindre à une poignée de fonctionnalités dont chacun est exhorté à en valider la performance maximale. L’existence, elle, qui s’en préoccupe? Alors, au milieu de toutes ces évaluations, de ces mesures, de ces appréciations constantes émerge, de temps à autre, un vague sentiment d’on-ne-sait-trop-quoi mais qui nous laisse vides. Une espèce d’indéterminé. “Que se passe-t-il en moi? Je ne saurais le déterminer.” Le qualifier. Le définir. A force de vouloir être au top sur tous les fronts, de chercher à rationaliser au maximum son rendement en se basant sur une logique de fonctionnement, à ne cesser de s’agiter pour que les métriques y figurant entrent en conformité avec les prédicats actuels qui poussent à constamment aller au-delà de ses limites sans trop comprendre ce que pareil pas – lorsqu’il s’effectue dans une logique de surenchère, crée et génère -, certains finissent par, petit à petit, s’éteindre à force de vouloir (se) prouver que le modèle qu’ils sont peut atteindre tous les sommets. Oui, à l’égal d’Icare, ils finissent par se brûler les ailes.
C’est que la vie n’est pas un bilan comptable qui se résumerait à deux colonnes : Débit/Crédit et à ne cesser d’effectuer des opérations en ce sens.
C’est ainsi que certains, dans cette course infinie et ce désir tout-puissant de fonctionner à tout prix, finissent par (s’) assécher, (s’) asphyxier, épuiser les ressources existantes. Car cette tendance – présente déjà au niveau professionnel avec la logique de la Performance – s’inscrit et envahit la sphère privée qui devient une feuille de rendement, une feuille de route remplie de petites coches que le performeur assoiffé et avide de résultats biffe d’un geste rapide en fonction des données qu’affiche son compteur. Parfois, le geste se fait hésitant …. Argghhhh … j’y étais presque .. 😤… bon, ok ok, je ne te coche pas, toi là qui affiche ostentatoirement un 8 km effectué pendant la pause-déj … bon, elle est où l’autre option … – déçu 😞 – la voilà … je coche … 4 km … mmm, ils pourraient rapprocher les distances … il y a trop d’écart … comment veux-tu qu’on y arrive … ça m’agace à force … on n’est pas des machines … ça leur arriverait à ces foutus développeurs de se rappeler qu’il y a un bipède derrière ces métriques …? 😡, s’insurge-t-il … Agacé, déçu de lui-même et de ses fichues limites, il s’approche de sa compagne et de ses deux enfants et leur lance dans la volée : ce soir, c’est moi qui cuisine. Hier, chérie, tu n’as pas atteint l’objectif des 520 calories pour le repas. S’adressant à ses enfants de 8 et 11 ans : les enfants, mesurer le nombre de calories de chacun de vos repas est important. Regardez ces américains comment ils sont … vous ne voulez pas ressembler à ça, si? … Silence … Aucune réponse ne se fait entendre … Et bien, NON, vous ne le voulez pas. Et votre maman et moi non plus alors en plus du véganisme, on va rationaliser la quantité qui va bien pour notre organisme … laissez-moi chercher sur l’appli ce que l’on va se faire ce soir … tout en cherchant scrupuleusement la recette parfaite, sa voix se fait à nouveau entendre … vous savez les enfants, la vie est simple, si tu veux bien fonctionner, tu rationalises, tu réduis tout à des métriques. Pas besoin de se creuser les méninges – je me demande pourquoi les gens se compliquent autant l’existence 🙄- tu suis les métriques. C’est la voie. C’est simple, non? Et bien, les enfants, la vie, c’est ça! Une série de métriques. Et bien, moi je trouve que ça facilite vachement la vie. Je ne réfléchis pas. J’applique ce que le système de données affiche et je m’applique à en atteindre les résultats. Parce que ce système-là, il a été créé et alimenté par des experts de haute volée, la crème de la crème alors je n’ai plus à réfléchir, ils le font à ma place et me livrent tous leurs secrets dans ces applications. Voilà les enfants comment il faut vivre. Voilà comment on devient quelqu’un d’honorable. Avec ce système, tu ne peux pas être mauvais, médiocre. Tu ne peux que t’améliorer. Être au top! C’est ça les enfants qui compte. Se dépasser. Tout le temps. Pour tout. Tout. On ne se relâche pas. C’est important de pouvoir montrer ce dont on est capable et chez les Crametoidanslavie, on est capable de tout. C’est notre totem. Pas question de déroger à cette règle. D’ailleurs, Iris, tu as bien suivi le défi d’aujourd’hui sur ta tablette? Oui, papa, répond-elle tout excitée … Alors, combien de pages as-tu lu aujourd’hui? 20. J’ai atteint le quota, lance-t-elle fièrement … et quel livre de la sélection as-tu lu? Elle fait un pas en arrière, penaude … et lui assène … on les a pas … hein maman .. j’en ai pris un autre et j’ai lu 20 pages comme ce qui était affiché dans la case que tu m’as montrée … elle sourit à nouveau, fière d’elle … Lui, se tournant vers sa compagne, le regard dur : demain, je veux voir les 5 sélections proposées sur l’étagère de sa chambre. Tu sais à quel point c’est important. Tu es prof. Tu les vois tous les jours tous ces enfants qui sont à la traîne … hors de question que mes enfants suivent ce chemin … et de les voir par la suite dans un lycée minable. Les nôtres, ils iront faire leur secondaire au lycée français de Shanghaï … hein, les enfants … vous verrez, c’est super là-bas, en plus, vous apprendrez le mandarin. La classe … ! Papa, papa, tu y es allé quand à Shangueuye … Shanghaï, les enfants, on dit Shan-ga-i … et bien, je n’y suis jamais allé mais venez voir … LÀ … regardez sur cette appli, ce lycée est le premier de la liste et des recommandations pour nous, les parents, alors c’est là qu’on vous enverra. Toi, Iris, ce sera en septembre … Iris … abasourdie … sans trop comprendre ce que pareille décision implique, se penche de tout son poids sur l’ordinateur portable de son papa le faisant tomber … Son père s’agace et, tentant de contenir l’irritation qui monte de plus en plus en lui, ramasse le portable puis, en un éclair va sur le site gestiondescrisesfamiliales.fr. Vite, section Parents/Enfants. Comment faire lorsque votre enfant vous agace? Ca y est! j’y suis. Marmonnant les instructions à demi-voix, il se tourne vers sa fille, se met à sa hauteur et tout sourire, lui lance un “C’est quand qu’on va tous aller à Shanghaï, hein, Iris …?” Et la mère, d’entonner joyeusement un “En sept ….sept.. Iris, en sept“ “tembre”, conclut Iris, amusée par ce qu’elle considère comme un jeu … Le père, à présent calmé et rassuré, se tourne vers l’ordinateur, revient sur l’application qui gère les repas et lit, comme s’il était le chef de la Tour d’Argent, le menu de la sélection du jour … et bien ce soir, chérie, les enfants, ce sera une Soupe Poireau Courgette … sourire de Buzz l’Eclair en soutien … Ah et les enfants, après le dîner, vers 21h, on fera tous les quatre quelques étirements comme sur cette vidéo – tu vois Iris, regarde Vincent – et dix minutes de méditation de pleine conscience … comme ça, vous voyez? … c’est simple, hein quand tout nous est fourni de la sorte. Allez, on la fait cette soupe? Et chacun de se mettre à l’oeuvre … Fin de l’épisode 32 Tu fonctionneras, ma famille.
Convient-il de s’étonner de pareils échanges? Ils ne représentent, certes de manière fortement caricaturée, que la conséquence logique, prévisible de cette dynamique à l’oeuvre.
Quand l’Homme aura compris que chaque chose a ses limites et une limite, alors, il cessera de se prendre pour un produit. La notion d’existence pourra alors réintégrer son champ de perception.
Aller plus loin :
🔵 Prêt(e) à comprendre ce qui vous fait agir dans un sens plutôt que dans un autre? Rencontrons-nous!
🟠 Sur quelles structures énergétiques votre construction identitaire repose et à partir desquelles vous créez votre vie au quotidien? Réponse autour de votre Référentiel de Naissance.
🔴 Une envie, un projet, un objectif en tête? Parlons-en!